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Interview Tamara Bisceglia

1.LVR : Comment as-tu découvert le tango argentin?

— Tamara Bisceglia : Je suis Porteña, Argentine de Buenos Aires, je crois que le tango nous le portons à l’intérieur. Mais en même temps, comme tous les jeunes à l’époque (j’avais 20 ans), je pensais que le tango était vieux…
Un jour, un ami m’a emmenée dans une milonga, et petit à petit ma façon de penser a changé, j’ai pris goût à la milonga jusqu’à trouver cela… merveilleux!
Les années ont passé, j’ai rencontré un danseur qui m’a proposé de travailler avec lui…
Et voilà douze ans que je profite de cette  danse fabuleuse qu’est le Tango.

2.LVR : Pour nous, c’est un honneur que tu sois la marraine de cette 5ème édition de La Vie en Rose. Ce n’est pas la première fois que tu participes à un festival de tango Queer (tu étais à celui de Mexico l’année dernière). Que représente le tango Queer pour toi et pourquoi penses-tu qu’il est important de défendre ses valeurs?

— C’est vraiment un honneur pour moi, je suis très heureuse de faire partie du festival La Vie en Rose.

Je vais vous raconter un peu et très brièvement mon histoire personnelle… la superbe famille qui m’a été donnée. J’ai été élevée par ma mère, mon père était un marin absent de la maison. La figure de mon grand-père était très importante. Mon grand-père Otto, qui a adopté ma mère, était gay, mes oncles et tantes aussi, mes parrains également. J’ai fait partie de la communauté, j’ai grandi avec elle. Ma maison, mes parents et cette famille que j’ai eu   la chance d’avoir m’ont appris à croire en l’amour sans distinction de sexe.
Le Tango Queer représente pour moi la liberté, celle très naturelle avec laquelle j’ai été élevée. Que chacun danse avec qui il.elle veut, sans être jugé!
Un bon moyen de défendre cette liberté est d’apprendre à RESPECTER, un petit mot dont beaucoup ne connaissent pas le sens…
Et je ressens plus de tristesse que de colère pour les gens qui n’acceptent pas ça.

3. LVR: Tamara c’est comme un phénomène sur la planète tango, un peu Diva, un peu femme fatale et rien de tout ça en même temps… Tu joues beaucoup avec ton image et d’une certaine manière tu es une provocatrice qui sort des sentiers battus. Te considères-tu comme étant un peu freaky dans cet univers?

— (rires) Juste “un peu freaky”?! C’est peu me connaître.
Je suis la danseuse anti-danseuse. Je joue beaucoup avec mon image, je n’ai pas de limites, je joue, comme tu le dis, avec l’image de la “femme fatale”, en même temps ma chambre  ressemble à celle d’une fillette de dix ans… J’adore jouer, j’ai grandi en liberté. Evidemment, j’ai été jugée et critiquée à maintes reprises, par des  personnes à qui l’âme, l’esprit et la créativité font défaut à mon avis et surtout par jalousie parce que j’ose et j’assume.
J’aime et j’admire les personnes qui osent jouer comme moi.

4. LVR: En ce qui concerne la transmission et la pédagogie du tango, y a t-il quelque chose de particulier dans ta façon d’enseigner? Y a t-il des choses que tu aimes montrer avant tout?

— M’impliquer avec chacun de mes élèves. Je veille à ce que mes cours soient clairs et que personne ne parte avec des doutes ou des frustrations, c’est fondamental pour moi.
Je me considère comme une danseuse très technique, très réfléchie, j’étudie beaucoup et tout cela je le transmets quand j’enseigne. Et le plus important: j’aime enseigner.

5. LVR: Cette question est délicate… en tant que danseuse professionnelle et femme dans un environnement considéré comme sexiste, as-tu souffert de discrimination ou de violence à cause de ton statut de femme?

— Oui, j’en ai souffert.
J’ai souffert de violence physique et psychologique, j’ai été battue et laissée le corps bleu d’ ecchymoses, une main cassée et le moral dans les chaussettes. Cela s’est passé avec mon premier partenaire de danse. De cette expérience j’ai appris, j’ai grandi, et je ne laisse plus personne me maltraiter. On m’a traitée de grosse, laide, de mauvaise danseuse, on m’a dit que je ne danserai jamais…
Et me voici à savourer, à profiter, de ce que j’aime faire le plus: danser! Ne pas baisser les bras, continuer à se battre pour être chaque fois plus fort.
Mais tout comme il y a des hommes et des femmes très violents, il y a aussi des hommes et des femmes formidables. J’ai eu toutes sortes d’expériences…
J’ai eu la chance d’avoir des collègues extraordinaires.

6. LVR: C’est ton grand retour à Paris depuis un moment… pour un festival appelé “La Vie en Rose”! Que symbolise pour toi le Tango à Paris?

— Ufff beaucoup de bonheur, venir dans l’une des plus belles villes du monde et faire partie de LA VIE EN ROSE est un baume pour l’âme.
Revenir à Paris où j’ai donné mes premiers shows en 2006… tant de souvenirs… et le temps qui passe.
Je suis très heureuse et reconnaissante!

7. LVR: Pour finir, peux-tu nous parler de tes projets actuels?

— Je reviens du Japon où je suis allée travailler et où il s’est passé quelque chose de très joli. Le Japon est une société en général très machiste, et avec une danseuse argentine qui vit là-bas nous avons commencé à donner des shows et des cours ensemble et cela a été accueilli par le public d’une manière incroyable! Un bonheur!
Maintenant c’est la tournée européenne, puis en Octobre l’Amérique Centrale pour finir au 8ème Festival International de Tango Queer à Mexico.

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